III
Du temps où j’étais une étoile filante en dehors du temps, nullement soumise à l’action de la pesanteur, je buvais l’histoire du monde tout au long de mes randonnées nocturnes. J’étais dotée d’une mémoire légendaire et d’un grand livre illustré de contes fabuleux, légués par mon Créateur, comme outil de travail, lorsque le moment d’élire domicile sur terre serait venu.
J’étais désignée parmi une nuée d’étoiles, messagère de rêves et porteuse de bonnes nouvelles. Il s’agissait surtout d’un jardin en friche dans lequel je me devais d’assurer une verdure permanente et des couleurs robustes que les eaux de pluie ne puissent délaver.
Pour cette tâche, qui m’a paru de prime abord agréable et divertissante, j’ai dû m’astreindre à un entraînement passionnant mais combien ardu pour m’initier à des mélanges habiles et fins, de tons et de lumière, tels ces nuances que concoctait le Bon Dieu les jours de pluie dans l’intention d’égayer la grisaille du ciel et faire sourire l’univers. |